Au Pays de Kaline

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COUPS DE LATHI

COUPS DE LATHI



 Le féminisme est-il une idéologie réservée aux femmes frustrées ou aux bucheronnes avec du poil au menton (et partout ailleurs) ? Pourquoi ce mot inspire-t-il de la méfiance et des ricanements aujourd'hui ? Les hystériques que la presse phallocrate a intelligemment mises en avant auraient-elles détruit la noblesse de ce combat ?

 

 

 

 

 Quelle ne fut ma surprise lorsque je lus l'humeur du jour (sur Facebook) d'un ex-collègue. La surprise fut suivie d'incompréhension, puis de déception et enfin de colère. Ce monsieur se plaignait des « bourgeoises occidentalisées » mauriciennes qui sont gorgées de bienveillance condescendante. Selon lui, ces « bourgeoises » sont des idiotes qui veulent calquer des droits et des revendications européens aux femmes d'origine asiatique ou africaine de notre pays.
 
  Si certains se complaisent à garder l'image des soixante-huitardes de Neuilly brulant leur soutien-gorge, c'est que cela les conforte dans leur mépris du féminisme. Je souhaite répondre à ce monsieur et à tous ceux qui associent le féminisme mauricien à de la bourgeoisie (souvent caucasienne) que le fait d'utiliser les dissensions socioculturelles pour conserver une domination sur les femmes n'est qu'une preuve supplémentaire de leur obscurantisme.
 

 

 

 Ce genre de discours utilise souvent la maternité pour flatter la gent féminine tout en la culpabilisant. Et il est triste de constater que cette méthode fonctionne encore.

En effet, les hommes se sont servi de la flatterie (Oh déesse, vous qui donnez la vie) et de la culpabilisation (Oh garce, comment osez-vous abandonner le fruit de vos entrailles) pour nous asservir. Et vas-y que je te flatte en te disant que le plus beau métier du monde est celui d’une mère, et vas-y que je te traite de mère indigne quand tu décides que la vie d’une femme ne se cantonne pas à son rôle de mère. Quant à celles qui décident de ne pas mettre bas, elles sont soit des bucheronnes, soit des laiderons ou des égoïstes indignes de porter un utérus.

 

Pour les névrosés œdipiens, la femme ne peut être qu’une génitrice et qu’une potiche aux fourneaux. Leur virilité chancelante est bien plus rassurée dans un monde où la femme est la créature qui a reçu pour mission divine la procréation, l’élevage de ses rejetons, l’engraissement de son époux et la lessive de leurs caleçons crasseux. Pourquoi diantre cette morue voudrait-elle faire autre chose ? De quel droit ose-t-elle s’éloigner de la mission sacrée qui lui a été attribuée (par ses con-génères et un vieux barbu invisible) ?

 

 

 Pour certains, ces idées perfides ne peuvent venir que des harpies ou des catins libérées. Libérées, non pas du joug des pénis, mais de la moralité !!! Tout comme le serpent, elles viennent susurrer des idées impies dans l’esprit de la femme parfaite, c’est-à-dire, celle qui pond, fait le ménage, prépare le repas, écarte les cuisses et tout ça en fermant sa gueule. Mais notre Adam des temps modernes est un homme averti ! Il ne laissera pas Eve, la faible, être tentée. Il a des siècles de munitions (religion, tradition et autres contes de fées) pour discréditer toute idée de révolte.

 

 

 

Évidemment à Maurice, nous aimons rajouter une couche. La misogynie ne suffisant pas à garder la femme enfermée dans le royaume enchanté de la cuisine et de l’astiquage, il fallait que certains usent des armes favorites de notre Paradis : préjugés et racisme. Ben oui, c’est tellement plus sympa de cracher sur une personne d'un autre milieu social ou d'une autre communauté plutôt que de cracher sur le mari qui écrase sa femme et la fait vivre comme une prostituée légale dont il est le client exclusif.


  À tous ces proxénètes qui accusent la bourgeoise féministe désœuvrée de manipuler la pauvresse en lui parlant de notions « étrangères » comme la liberté et le respect, je voudrais leur parler du Pink gang.

 

 

 

 

 Ces centaines de femmes vivent dans l'état d’Uttar Pradesh au nord de l'Inde et se prénomment ainsi à cause de leurs saris roses. Elles sont issues des plus basses castes de cette société féodale. Armées de lathi (les bâtons traditionnels) elles poursuivent et battent les hommes qui ont abusé de leurs épouses ou les ont abandonnées. Elles n'hésitent pas non plus à tabasser les policiers qui ont refusé de prendre les plaintes des femmes violées. Ce féminisme-là parlera peut-être davantage à nos compatriotes sexistes. Le Pink Gang est la preuve que la bourgeoisie et l'occidentalisation ne sont pas les ingrédients nécessaires à une vie de femme libre qui sait se faire respecter.

 
Nous n'avons pas de lathi mesdames, mais nos belnas se frotteraient bien à ces hommes : ces maris violents, ce premier ministre qui considère la femme comme une « pitin », cette société et ces chiens de garde en uniformes bleus qui culpabilisent la femme violée parce qu’elle l'a sûrement « bien cherché », ces dirigeants qui nous prennent pour des abruties et affirment avec une démagogie insupportable que nous sommes bien loties. Je rajoute à cette liste de goujats le conjoint qui fait la gueule parce que son repas manque se sel. Ils mériteraient TOUS un bon coup de belna.

 

 

  Non, l'égalité n'appartient pas qu'aux bourgeoises ! Si la parole est prise par celles qui ont l'opportunité, le temps et les moyens de le faire, n'est-il pas trop facile de cracher sur leur statut social ? Ces détracteurs feraient mieux d'admettre que le véritable problème est qu’ils ont peur de ne pas avoir leur douri-cari sur la table en rentrant le soir. En fait, ces pauvres hommes ne peuvent même pas imaginer participer aux tâches ménagères ou changer des couches, car leur petite masculinité ne le supporterait pas tant elle est chancelante. Ils ont besoin d’écraser, de dominer, de croire au concept archaïque de « chef de famille » pour affermir la mollesse de leur slip. Sachez mes chères amies, qu'un homme, un vrai, un mâle Alpha n’a nul besoin de ces subterfuges de macho.


  De toute façon, je ne fais pas partie de ces femmes qui souhaitent l'égalité, car je sais que la femme (qu’elle soit mère, stérile volontaire, hétéro, homo, bi, catin, épouse fidèle, célibataire endurcie, bourgeoise ou prolétaire) est supérieure à l’homme.

 

Je plaisante (peut-être pas).

 

 

 

 

 

 


13/09/2011
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